🧠 SANTÉ MENTALE AU GABON : LE GRAND TABOU D’UNE NATION SOUS PRESSION

14 mars 2026 Par Angelo 0

Par OGOUANA | IKASSA Info

Au Gabon, quand on parle de « maladie », on pense immédiatement au paludisme, au VIH ou au cancer. Mais il y a un tueur silencieux qui ronge nos foyers, nos bureaux et nos quartiers sous-intégrés, et dont personne ne veut prononcer le nom : la détresse psychale.

Moi, journaliste, j’ai fouillé les couloirs du Centre Psychiatrique de Melen et interrogé des spécialistes. Ce que j’ai découvert est le portrait d’une population à bout de nerfs, piégée entre le poids des traditions et la violence de la précarité économique.

1. Le Poids du Silence : « La dépression, c’est pour les Blancs »

C’est la phrase qui tue. Dans notre société, souffrir psychologiquement est souvent perçu comme une faiblesse ou, pire, comme un sortilège.

  • Le Passé : On gérait la folie ou la déprime par l’isolement ou les rituels traditionnels. Le malade mental était soit « maudit », soit « mystique ».
  • L’État des Lieux : Ce déni social empêche des milliers de Gabonais de consulter. Selon l’OMS, environ 25% de la population mondiale souffrira d’un trouble mental à un moment de sa vie. Au Gabon, cela représenterait plus de 600 000 personnes. Pourtant, combien de psychiatres avons-nous ? À peine une dizaine pour tout le pays.

2. Le Facteur Économique : Le chômage, ce poison mental

On ne peut pas dissocier la santé mentale de la fiche de paie.

  • Avec 35% de chômage chez les jeunes et une pauvreté qui touche un tiers des citoyens, l’anxiété est devenue la norme.
  • L’impossibilité de se loger décemment ou de nourrir sa famille crée un état de stress post-traumatique permanent. Le sentiment d’échec social conduit directement à l’abus de substances (tramadol, « cobolo », alcool) qui ravagent notre jeunesse.

3. Les Infrastructures : Melen, l’Arbre qui cache la forêt

Le Centre Psychiatrique de Melen est l’unique structure de référence.

  • Les Avancées : Quelques efforts de rénovation et une volonté du personnel de briser les chaînes (au sens propre et figuré) des malades.
  • Le Calvaire : Melen est saturé. Le manque de médicaments psychotropes et l’absence de services de psychiatrie dans les hôpitaux provinciaux (G-2, G-4, etc.) font que la prise en charge est quasi inexistante dès qu’on quitte l’Estuaire.

💡 LES SOLUTIONS : LE PLAN D’URGENCE D’OGOUANA

Sortir de ce brouillard mental demande plus que des prières. Il faut une politique de rupture :

  1. Déstigmatisation Nationale : Intégrer la santé mentale dans les campagnes de la CNAMGS. On doit pouvoir aller chez le psychologue avec sa carte d’assurance, sans honte.
  2. Psychiatrie de Proximité : Créer des unités de soins mentaux dans chaque CHR (Centre Hospitalier Régional). Un habitant de Bitam ou de Mouila ne devrait pas avoir à faire 600 km pour voir un spécialiste.
  3. Lutte contre les Addictions : Traiter les jeunes accros aux drogues comme des malades, et non comme des criminels. Il nous faut des centres de désintoxication modernes, pas seulement des cellules de prison.
  4. Soutien en Entreprise : La pression au travail dans le secteur privé comme public est immense. L’inspection du travail doit intégrer les risques psychosociaux.

LE MOT DE LA FIN D’OGOUANA

Le Gabon ne pourra pas se construire avec une population dont l’esprit est enchaîné par l’angoisse et le désespoir. La santé mentale n’est pas un luxe de riche, c’est le moteur de la productivité d’une nation.

Moi Journaliste, je vous le dis : regardez votre voisin, regardez votre frère. Parfois, la blessure la plus grave est celle qu’on ne voit pas.